9 octobre 2025
jazz, dentelle et taffetas
une création théâtrale, Biennale #3 • avec Julien Bissila sur le quartier de St Mauront
Plus d'infosSur scène : un trio. Julien Mabiala Bissila, échoué au bar le Pacific, incarne les habitués qui s’y retrouvent et dit avec poésie le quotidien du quartier et sa dimension parfois absurde. Rabia Zeroual, couturière et habitante de St Mauront, égrène ses souvenirs de lutte, sa rencontre avec les femmes du quartier, sa découverte du jazz au Cri du port, un cabaret du boulevard National. Tous deux sont accompagnés par le batteur Gilles Campaux, longue silhouette dégingandée aux yeux rieurs.
Je suis arrivé dans le quartier de Saint Mauront un peu comme on débarque dans un nouvel appart.
On essaie de prendre ses marques. Rencontrer les gens qui y vivent, c’est le plus intéressant car tu découvres les largeurs, les longueurs, pour construire la surface du lieu, voir le périmètre du quartier, ses formes, son charme et ses peurs… On est vite tenté de refaire ce qui se fait déjà et que tout le monde ne veut plus : c’est à dire mettre, remettre en lumière les clichés de la cité, le côté sensationnel des choses.(…) Heureusement que j’ai vu pire dans ma vie. Je peux me retrouver dans ce pathos l’instant d’une clope et, tout juste après, les centaines de morts qui logent dans mes souvenirs, ces corps éventrés qui refont leur plaies au fil de fer, ces jeux olympiques du crime vu au Congo, me demandent d’aller voir du côté de la vie, de ce qui ne passe pas toujours à la télé. C’est comme ça que j’ai eu un coup de foudre pour cette femme, couturière rue Felix Piat, qui me parlait du Jazz et de Jean Ferrat.
Julien Mabiala Bissila
Sous le prétexte de donner un cours, Rabia, couturière marseillaise, nous entraine dans les détails de sa vie
, de son métier surtout, de son amour pour les robes parce qu’elles écrivent aussi les femmes. On la suit dans ce Marseille féminin où l’ennui permet aux rêves de se réaliser et Rabia, le temps d’une promenade, aux détours d’un cabaret, rencontrera le jazz. Pour cette Méditerranéenne pleine de fougue, c’est une affaire de vibration, une musique comme l’inconscient d’une histoire commune entre elle et Julien Mabiala Bissila.
Genica Baczynski – Journal L’Humanité